Vous vous souvenez de 2014 – les images émouvantes de naufrages en Méditerranée, les arrivées nombreuses de migrants en Europe, en Suisse, dans notre commune, dans notre quartier.  Ensuite les élans de solidarité, d’aide, d’accueil.  Nous étions  au milieu de ces initiatives issues de la société civile :

https://www.srf.ch/play/tv/schweiz-aktuell/video/nationaler-sammeltag?id=f4901979-d995-4de0-9c6b-cfbe52c098e5

Que s’est-il passé depuis ? Que sont devenus ces requérants d’asile, migrants, réfugiés, déboutés ? Nombreux à  transiter notre commune, son abri PC, les structures d’accueil – plusieurs sont restés dans nos cœurs, certains sont devenus des amis.

Comment vivent-ils en 2018 ? Très rares sont ceux qui ont trouvé une place d’apprentissage, un boulot, une école. Certains ont des cours de français, de temps à autre. Beaucoup d’entre eux  traînent, ils attendent, ils se marient, ils déménagent ou sont transférés, ils mangent et dorment, ils  s’isolent. Deux de mes amis africains vivent déjà du chômage : placés dans une formation cantonale en 2017, ils ont à la fin obtenu un diplôme mais pas d’emploi, ce qui les a amenés à s’inscrire au chômage en 2018.

Je constate une lacune, un gap, un écart (trop) important entre les cours linguistiques pour les primo arrivants, d’une part, et leur accès à la formation professionnelle, d’autre part. Ecart insurmontable ? J’observe un niveau scolaire, social et culturel juste trop éloigné de la vie du travail en Suisse. Comment trouver un boulot sans savoir écrire correctement les noms des mois et des jours ? Comment trouver une place d’apprentissage sans savoir utiliser un ordi ? Comment postuler pour un job sans savoir prendre rdv ? Comment travailler dans un bistro sans connaître la différence entre litre et décilitre, kilo et gramme ? Comment réussir le test Basis Check, indispensable pour  plusieurs  métiers, si on ne comprend déjà pas les consignes du test ?

C’est exactement pour combler cette lacune que nous avons lancé SmoothieNomade, cette «école un peu autre», le 1er mai 2017.  Depuis, nous y avons déjà accueilli plus d’une dizaine de participant-e-s.  Nous avons  réussi à placer trois migrants dans un apprentissage CFC/AFP  (et ils tiennent le coup!) et deux autres dans un stage. Nous avons vu notre  équipe de bénévoles compétents et dévoués s’agrandir, pour s’engager jour après jour dans nos cours interdisciplinaires et intensifs . Nous avons vu une jeune participante timide s’épanouir, une autre femme vulnérable refleurir, une troisième reprendre confiance en soi et se lever tous les matins. Nous avons vu des amitiés se tisser dans nos classes. Nous avons accueilli un migrant surdoué dans notre équipe de formateurs, parce qu’il a appris le français en un rien de temps et qu’il aime redonner ce qu’il avait reçu. Nous avons entendu dire un jeune érythréen : « Chez vous, c’est différent. C’est comme si au lieu de nous donner des poissons, vous nous appreniez à aller à la pêche. » C’est LUI qui m’a dit ça, tout spontanément, un jour dans ma voiture quand nous sommes allés cueillir des fraises vaudoises pour en faire des Smoothies. Il a tellement bien saisi notre éthique du travail!

Espérons que leur motivation de s’activer et de travailler puisse se concrétiser et prendre forme, avant de s’éteindre sous une éducation vers l’assistanat ou le fatalisme. Je me demande, sincèrement et ouvertement, si une telle « flamme » et volonté de travailler, que j’observe fréquemment auprès des primo arrivants, peut s’étouffer manque d’activité. Qu’en pensez-vous?

Le 1er mai –   une date pour reprendre conscience combien le travail est précieux, le vital et beau. Vive le fruit de nos mains !